Votre enfant prépare un exposé. L’un dessine tout de suite un schéma, l’autre lit plusieurs articles avant d’écrire, un troisième répète son sujet à voix haute. Chacun a ses habitudes pour apprendre. Faut-il pour autant lui trouver « son » style d’apprentissage ? La recherche invite à la prudence, et propose surtout d’apprendre à apprendre.
Qu’appelle-t-on les styles d’apprentissage ?
Un style d’apprentissage, c’est la façon dont une personne préfère recevoir et traiter une information. L’idée est populaire depuis les années 1970 et des dizaines de modèles ont été proposés. Deux sont particulièrement connus des parents et des enseignants.
- Le modèle VAK (visuel, auditif, kinesthésique) : l’enfant apprendrait mieux en voyant, en écoutant ou en manipulant.
- Les 4 styles d’apprentissage de Kolb : le psychologue américain David Kolb a décrit en 1984 un cycle d’apprentissage en quatre étapes, d’où sont tirés quatre profils, souvent appelés le rêveur, le penseur, le décideur et le faiseur.
Le cycle d’apprentissage de Kolb
Pour Kolb, on apprend en passant par quatre étapes, dans un ordre qui peut varier :
- l’expérience concrète : vivre une situation, essayer quelque chose ;
- l’observation et la réflexion : prendre du recul, se demander ce qui s’est passé ;
- la conceptualisation : en tirer une règle, une théorie, un principe général ;
- l’expérimentation active : appliquer cette règle à une nouvelle situation.
L’intérêt de ce cycle tient moins aux profils qu’à cette idée simple : une notion est mieux comprise quand on l’a vécue, réfléchie, formulée puis appliquée. Un élève qui s’arrête à la théorie, ou qui enchaîne les exercices sans jamais comprendre la règle, apprend de façon incomplète.
Les 4 styles d’apprentissage : rêveur, penseur, décideur, faiseur
Selon l’étape où chacun se sent le plus à l’aise, on parle de quatre styles d’apprentissage :
- Le rêveur réfléchit avant d’agir. Il observe, imagine plusieurs solutions et aime relier la matière à des exemples concrets. Il a besoin de temps.
- Le penseur veut comprendre le pourquoi. Il aime les faits, les concepts, l’ordre et les problèmes complexes.
- Le décideur veut relier la théorie à la pratique. Il aime planifier, avancer pas à pas et voir à quoi sert ce qu’il apprend.
- Le faiseur apprend en essayant. Il se lance volontiers, aime le travail en groupe et les défis.
Vous reconnaîtrez sans doute votre enfant dans un ou deux de ces portraits. C’est normal : personne n’appartient à un seul style, et les préférences changent avec l’âge, la matière et la situation.
Ce que dit la recherche
Que les enfants aient des préférences, personne ne le conteste. La question est ailleurs : un enfant apprend-il mieux quand on enseigne dans « son » style ? C’est ce que les chercheurs appellent l’hypothèse de l’appariement.
En 2008, quatre chercheurs en psychologie cognitive (Pashler, McDaniel, Rohrer et Bjork) ont passé en revue les études sur le sujet. Leur conclusion : il n’existe pas de preuve suffisante pour justifier de tester le style d’apprentissage des élèves et d’adapter l’enseignement en conséquence. Les rares études bien construites n’ont pas montré d’effet.
Autrement dit, un enfant « visuel » ne retient pas mieux une leçon de géographie présentée en images qu’en texte, si la matière s’y prête autant. C’est plutôt le contenu qui dicte la meilleure forme : une carte se comprend en la regardant, une prononciation en l’écoutant, un geste technique en le pratiquant.
Le risque d’une étiquette est réel : un enfant persuadé d’être « kinesthésique » peut finir par croire qu’il est incapable d’apprendre en lisant. Les styles d’apprentissage restent donc une bonne porte d’entrée pour parler de la façon dont votre enfant travaille, sans l’enfermer dans une case.
Apprendre à apprendre : ce qui marche vraiment
La bonne nouvelle, c’est que la recherche a identifié des techniques qui aident presque tous les élèves, quel que soit leur profil. En 2013, une grande synthèse (Dunlosky et ses collègues) en a classé dix selon leur efficacité. Deux sortent du lot.
1. Se tester plutôt que relire
Relire et surligner donnent une impression de maîtrise, mais aident peu à retenir. Se poser des questions, cacher la leçon et la réciter, refaire un exercice sans regarder la solution : cet effort de mémoire, appelé récupération active, ancre la matière bien plus solidement.
- fiches avec une question au recto, la réponse au verso ;
- « explique-moi la leçon » au repas, sans le cahier ;
- anciens contrôles ou exercices refaits à blanc.
2. Étaler l’étude dans le temps
Trois séances de vingt minutes réparties sur une semaine valent mieux qu’une heure la veille du contrôle. Revoir une matière au moment où on commence à l’oublier la fixe durablement. C’est le principe de la répétition espacée.
3. Varier et expliquer
D’autres techniques ont un effet plus modéré mais utile :
- se demander « pourquoi est-ce vrai ? » en étudiant ;
- expliquer la matière avec ses propres mots, à quelqu’un d’autre ou à soi-même ;
- mélanger plusieurs types d’exercices au lieu de faire vingt fois le même.
Le cycle de Kolb retrouve ici tout son sens : faire, réfléchir, comprendre la règle, l’appliquer. Plutôt que de chercher le style de votre enfant, aidez-le à passer par toutes ces étapes. Vous trouverez d’autres conseils pratiques dans notre article 5 conseils pour étudier et réussir ses examens.
Comment aider votre enfant à la maison
- Observez comment il travaille, sans le juger, et parlez-en avec lui : qu’est-ce qui l’aide, qu’est-ce qui le bloque ?
- Encouragez-le à varier les approches : un schéma, une explication à voix haute, un exercice.
- Remplacez « relis ta leçon » par « raconte-moi ce que tu as retenu ».
- Aidez-le à planifier de courtes révisions réparties sur plusieurs jours.
- Valorisez l’effort et la méthode, pas seulement la note.
Si le sujet de la diversité des talents vous intéresse, notre article sur les 8 formes d’intelligence l’aborde sous un autre angle, celui de Howard Gardner.
Un coach pour apprendre à apprendre
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