Nous cherchons sans cesse à rendre l’apprentissage plus attractif : cours interactifs, vidéos, jeux éducatifs, applications qui récompensent chaque progrès… Tout semble fait pour que les élèves ne s’ennuient jamais. Mais à force de vouloir rendre chaque minute stimulante, ne risque-t-on pas d’oublier une réalité essentielle ? Apprendre demande parfois de traverser des moments qui ne sont ni amusants, ni passionnants.
Apprendre doit-il toujours être intéressant ?
Un élève soupire devant une série d’exercices de mathématiques. Un étudiant repousse la lecture d’un chapitre particulièrement aride. Un adulte qui apprend une nouvelle langue se lasse de répéter les mêmes conjugaisons. Leur point commun ? Ils s’ennuient.
Notre réflexe est souvent de vouloir faire disparaître cet ennui : une explication plus vivante, une vidéo plus courte, un exercice plus ludique. Cette démarche a évidemment du sens. Un enseignement qui suscite la curiosité et donne envie de participer favorise l’engagement et l’apprentissage.
Mais elle a une limite : toutes les connaissances ne s’acquièrent pas dans le plaisir immédiat. Certaines demandent de la répétition. D’autres de longues périodes de réflexion, parfois sans résultat apparent. Et beaucoup impliquent des tâches dont l’intérêt n’apparaît qu’une fois un certain niveau de maîtrise atteint.
Vouloir supprimer systématiquement l’ennui de l’apprentissage, ce serait supprimer une partie des efforts nécessaires pour progresser. Encore faut-il savoir de quel ennui on parle.
Tous les ennuis ne se ressemblent pas
On peut distinguer au moins trois situations :
- L’élève maîtrise déjà la matière : son ennui peut signaler un manque de stimulation intellectuelle.
- L’élève s’exerce sur une compétence en cours d’acquisition : l’ennui accompagne une activité répétitive dont l’utilité n’est pas immédiatement visible.
- L’élève ne comprend plus : quand il ne parvient plus à suivre un raisonnement, il décroche peu à peu et perd tout intérêt pour le cours.
Ces situations appellent des réponses différentes. Donner davantage d’exercices identiques à un élève qui maîtrise déjà la matière risque d’accentuer son désengagement. À l’inverse, multiplier les animations n’aidera pas forcément un élève qui a besoin de consolider ses bases.
L’ennui est donc un signal à interpréter, plutôt qu’un problème à éliminer automatiquement. Et parfois, il indique simplement qu’une activité demande de la persévérance.
La répétition n’est pas toujours passionnante, mais elle reste indispensable
Prenons un musicien. Quand il apprend un instrument, il ne passe pas tout son temps à jouer ses morceaux préférés. Il travaille ses gammes, répète certains passages, corrige ses gestes et recommence jusqu’à ce que des mouvements difficiles deviennent naturels. Ce ne sont pas les moments les plus enthousiasmants de sa pratique, mais ce sont eux qui le font progresser.
L’apprentissage scolaire repose en partie sur les mêmes mécanismes :
- pour maîtriser une langue, il faut rencontrer et réutiliser régulièrement le vocabulaire ;
- pour progresser en mathématiques, il faut appliquer les méthodes dans des exercices variés ;
- pour bien écrire, il faut écrire, se relire et corriger ses erreurs.
La répétition consolide les connaissances et automatise certaines compétences. Cette automatisation est précieuse : un élève qui maîtrise les opérations de base peut consacrer plus d’attention à un problème complexe ; un étudiant qui connaît bien son vocabulaire peut se concentrer sur le sens d’un texte plutôt que sur chaque mot.
Bien sûr, répéter mécaniquement sans comprendre ne garantit rien. La répétition doit rester pertinente, progressive et accompagnée de retours sur les erreurs. Mais il faut accepter qu’une activité puisse être utile sans être divertissante.
Nous avons pris l’habitude de combler les temps morts
Il y a quelques années encore, attendre un bus ou patienter dans une file voulait souvent dire ne rien faire. Aujourd’hui, ces moments sont vite occupés par un téléphone : un podcast en marchant, une vidéo pendant une pause, ses messages dès qu’une activité devient moins intéressante.
Cette abondance a de nombreux avantages, notamment l’accès à des ressources éducatives autrefois bien moins accessibles. Mais elle change aussi notre rapport aux moments creux. Quand une tâche demande un effort prolongé et offre peu de stimulation immédiate, la tentation de passer à autre chose est très forte. Un étudiant qui bloque sur un exercice peut se retrouver sur un réseau social en quelques secondes.
Il serait excessif d’affirmer que les écrans nous ont rendus incapables de supporter l’ennui : les recherches ne permettent pas une conclusion aussi générale (nous en parlons dans « Notre capacité de concentration diminue-t-elle vraiment ? »). En revanche, plus il est facile d’interrompre une activité, plus il devient important de savoir rester engagé dans une tâche, même quand elle devient moins stimulante. Cette capacité se développe, comme les autres habitudes de travail.
Le moment où l’on a envie d’abandonner
Imaginez un étudiant face à un problème de physique. Il lit l’énoncé, essaie une première méthode, constate qu’elle ne fonctionne pas, puis recommence. Après dix minutes, il n’a toujours pas trouvé.
Plusieurs réactions sont possibles : consulter tout de suite le corrigé, abandonner l’exercice, ou demander la réponse à quelqu’un. Mais il peut aussi prendre quelques minutes de plus pour analyser ce qui bloque, repérer les données utiles et essayer une autre approche.
Ce temps de recherche n’est pas toujours agréable. Il s’accompagne parfois de frustration, de doute ou d’impatience. Pourtant, quand il reste adapté au niveau de l’élève, cet effort peut mener à une compréhension plus profonde. Les chercheurs parlent de difficultés désirables : des difficultés qui, dans de bonnes conditions, favorisent un apprentissage durable.
Attention toutefois à ne pas confondre difficulté productive et difficulté excessive. Laisser un élève seul pendant une heure devant un problème totalement hors de sa portée n’a pas d’intérêt : le découragement prend le dessus. Tout l’enjeu est de trouver le bon équilibre, un défi assez exigeant pour demander un effort, mais assez accessible pour permettre de progresser.
C’est l’un des rôles d’un enseignant ou d’un coach : savoir quand laisser chercher, quand donner un indice et quand reprendre une explication.
Et si l’on arrêtait de vouloir tout rendre ludique ?
Les outils interactifs ont leur place. Un jeu peut aider à comprendre une notion, une vidéo à illustrer un phénomène complexe, une application à encourager une pratique régulière. Mais leur intérêt dépend de ce qu’ils apportent réellement à l’apprentissage. Une activité peut être très amusante sans qu’on en retienne grand-chose ; un exercice classique peut être extrêmement efficace.
Le risque apparaît quand l’attractivité devient un objectif en soi, et qu’on juge une méthode surtout au plaisir qu’elle procure plutôt qu’aux connaissances qu’elle permet d’acquérir. Les deux ne coïncident pas toujours.
Il ne s’agit pas de rendre les cours austères ni d’ignorer le plaisir d’apprendre : susciter la curiosité et donner du sens aux connaissances reste fondamental. Mais un bon apprentissage ne se mesure pas seulement au plaisir ressenti pendant l’activité. Il se mesure aussi à ce que l’on est capable de comprendre, de retenir et de faire ensuite.
Apprendre aussi à persévérer
Pour les parents comme pour les enseignants, la difficulté est parfois de résister à l’envie de supprimer toute frustration. Quand un enfant se plaint qu’un exercice est ennuyeux, il est tentant de lui proposer une activité plus amusante ou de l’aider à finir vite. Mieux vaut d’abord comprendre ce qui provoque sa réaction :
- l’exercice est-il trop facile ? trop difficile ? trop répétitif ?
- l’enfant comprend-il ce qu’il doit faire ?
- est-il simplement fatigué ?
Si la tâche est adaptée et que l’élève a les connaissances nécessaires, l’encourager à continuer encore un peu l’aide à développer sa ténacité. Cela peut passer par des objectifs modestes : terminer trois exercices, travailler quinze minutes, ou essayer une autre méthode avant de demander de l’aide.
Le but n’est pas de valoriser l’effort pour l’effort, mais de montrer que certains résultats demandent du temps, et que la satisfaction vient parfois après le travail accompli. C’est souvent ainsi que se construit une motivation durable.
Dans les cours particuliers My Sherpa, aider un élève à progresser, c’est aussi l’amener peu à peu vers plus d’autonomie, en adaptant les exercices, le rythme et le niveau de soutien à ses besoins. Bien accompagner ne consiste pas toujours à rendre la tâche plus facile : c’est aussi aider l’élève à devenir capable de surmonter lui-même certaines difficultés.
L’ennui n’est ni un objectif, ni un ennemi
Il ne faudrait pas en conclure qu’un cours ennuyeux est forcément un bon cours. Un enseignement monotone, mal adapté ou éloigné des besoins des élèves peut provoquer un vrai désengagement. Et quand un élève s’ennuie en permanence, il est important d’en chercher les causes.
L’ennui n’améliore pas l’apprentissage en lui-même. Ce qui est bénéfique, c’est d’apprendre à poursuivre une activité utile malgré l’absence de récompense immédiate, à accepter certaines répétitions et à consacrer du temps à des problèmes qui ne se résolvent pas instantanément. Il y a une différence entre subir un cours qui n’apporte rien et persévérer dans un travail exigeant dont on comprend l’utilité.
À force de chercher à capter l’attention des élèves, on risque d’oublier qu’apprendre suppose aussi de savoir diriger volontairement son attention vers des activités qui ne la captent pas d’elles-mêmes.
Nous n’avons pas besoin que chaque minute d’apprentissage soit passionnante. Nous avons besoin que ces minutes nous fassent progresser. Et cela implique, de temps en temps, d’accepter de s’ennuyer un peu.
Se faire accompagner
Votre enfant décroche dès qu’un exercice résiste, ou abandonne quand la matière devient répétitive ? Chez My Sherpa, un conseiller pédagogique fait le point avec vous, puis choisit un coach qui adapte le niveau de difficulté, l’aide à persévérer et à construire une méthode de travail solide. Les cours ont lieu à domicile partout en Belgique ou en ligne.