Notifications, réseaux sociaux, vidéos courtes, sollicitations permanentes : dans un monde où tout semble conçu pour capter notre attention, se concentrer devient parfois un vrai défi. Élèves, étudiants et adultes font le même constat : il semble de plus en plus difficile de rester attentif longtemps à une seule tâche. Mais notre capacité de concentration diminue-t-elle réellement, ou est-ce notre environnement qui a changé ?
Sommes-nous devenus moins attentifs qu’avant ?
Lire un livre pendant une heure, suivre un cours sans regarder son téléphone, avancer sur un travail sans consulter ses messages : ces activités semblent parfois demander un effort considérable.
Le constat dépasse largement l’école. En entreprise, les interruptions se multiplient. À l’université, les étudiants jonglent entre leurs syllabus et leurs écrans. Et les plus jeunes grandissent dans un environnement où les sollicitations numériques occupent une place importante.
Il serait tentant d’en conclure que notre cerveau a perdu une partie de sa capacité à se concentrer. Le chiffre souvent cité d’une attention de « 8 secondes, moins qu’un poisson rouge » va dans ce sens, mais il ne repose sur aucune étude identifiable.
En réalité, les recherches ne permettent pas d’affirmer que notre capacité d’attention diminue globalement, génération après génération. La concentration est un phénomène complexe, qui dépend de la nature de la tâche, de la motivation, de la fatigue et de l’environnement.
Il faut aussi distinguer deux choses : notre capacité à maintenir notre attention, et la fréquence à laquelle cette attention est interrompue. C’est peut-être là que se situe le principal changement.
Un environnement qui sollicite notre attention en permanence
Notre cerveau a toujours été sensible à la nouveauté. Un bruit inhabituel, un mouvement ou une information inattendue détournent spontanément notre attention. Les outils numériques exploitent particulièrement bien ce réflexe.
Une notification apparaît. Un message arrive. Une vidéo démarre toute seule. Un article en suggère un autre. À chaque instant, une nouvelle information nous invite à interrompre ce que nous faisions.
Le problème vient moins de chaque sollicitation prise isolément que de leur accumulation.
Prenons un étudiant qui révise pendant une heure. Il consulte son téléphone à plusieurs reprises, répond à quelques messages, vérifie une information sur Internet, puis se laisse attirer par une vidéo. Il a passé une heure à son bureau, mais son attention a régulièrement quitté son objectif.
Être occupé pendant une heure ne veut pas dire avoir été concentré pendant une heure. C’est ce qui explique que certaines séances de travail paraissent longues sans avoir été très productives.
Le multitâche : une illusion d’efficacité
Écouter un cours en répondant à des messages, rédiger un document en surveillant ses e-mails, réviser en suivant une conversation sur les réseaux sociaux : ces comportements sont devenus courants, et l’on a souvent l’impression de tout mener de front.
Pourtant, quand deux tâches demandent une attention consciente, le cerveau passe de l’une à l’autre plutôt que de les traiter vraiment en parallèle. Et chaque bascule a un coût : il faut retrouver le fil de son raisonnement, se rappeler où l’on en était, réactiver les informations utiles.
Plus le travail est complexe, plus ces interruptions pénalisent. Un élève qui enchaîne des calculs simples et répétitifs en souffre moins qu’un étudiant qui cherche à comprendre une démonstration ou à construire une argumentation.
Autrement dit, la qualité de la concentration dépend autant de la continuité de l’attention que du temps passé à travailler. Prévoir deux heures pour étudier ne suffit pas : encore faut-il créer les conditions pour bien les utiliser.
Les écrans ont-ils changé notre manière de nous concentrer ?
La question mérite une réponse nuancée, car « les écrans » recouvrent des activités très différentes. Lire un livre numérique, suivre une formation en ligne, jouer à un jeu vidéo ou faire défiler des vidéos courtes mobilisent l’attention de façons très diverses.
Certaines activités numériques exigent même une forte concentration. Un joueur peut rester attentif longtemps à un jeu complexe. Un programmeur peut passer des heures sur un problème. Un étudiant peut suivre avec intérêt une conférence en ligne. Il serait donc excessif d’affirmer que les écrans détruisent notre capacité de concentration.
En revanche, certains usages favorisent une succession rapide de stimulations. Les contenus courts, les recommandations automatiques et la possibilité de passer instantanément d’une activité à l’autre encouragent une consommation très fragmentée.
Des recherches observent des liens entre certains usages numériques intensifs et des difficultés d’attention. Mais il reste difficile d’établir un lien simple de cause à effet : les personnes qui ont déjà du mal à se concentrer peuvent aussi être davantage attirées par ces activités.
La question est donc moins de savoir combien de temps on passe devant un écran que ce qu’on y fait, et dans quelles conditions. Nous développons ce point dans nos articles sur les écrans et les jeux vidéo et sur l’impact des réseaux sociaux.
Pourquoi est-il plus facile de regarder une série que d’étudier ?
Voilà un paradoxe familier : un élève qui peine à rester concentré vingt minutes sur son cours peut regarder un film pendant deux heures ou passer la soirée sur un jeu vidéo. Manque-t-il de volonté quand il étudie ? Pas nécessairement.
La concentration dépend de l’intérêt qu’on porte à une activité, de sa difficulté et de l’effort qu’elle exige :
- Une série enchaîne des événements conçus pour maintenir l’intérêt.
- Un jeu vidéo offre des objectifs clairs, des réactions immédiates et des récompenses régulières.
- Un chapitre de chimie ou une liste de vocabulaire demande un effort soutenu, dont les bénéfices ne se voient qu’après plusieurs jours ou semaines.
Apprendre oblige aussi à garder et manipuler des informations en mémoire, à résoudre des problèmes et à résister à l’envie de chercher tout de suite la réponse. Ces activités sollicitent fortement nos ressources mentales.
On peut donc rester attentif longtemps à une activité passionnante et avoir du mal à se concentrer sur une tâche moins stimulante. Cela ne veut pas dire qu’on est incapable de concentration : notre attention varie fortement selon les situations.
Peut-on entraîner sa concentration ?
La concentration n’est pas figée. Nos habitudes, notre environnement et notre façon d’organiser le travail influencent notre capacité à rester attentif. Il ne s’agit pas de « muscler son cerveau » avec des exercices spéciaux, mais d’apprendre à mieux gérer les conditions dans lesquelles on travaille. Cinq stratégies peuvent aider.
1. Réduire les interruptions
Mettre son téléphone en silencieux, couper les notifications, fermer les applications inutiles : autant de sollicitations en moins. Pour beaucoup, ranger le téléphone dans une autre pièce marche mieux que le retourner sur le bureau. L’objectif est d’avoir moins de tentations auxquelles résister.
2. Se fixer un objectif précis
« Étudier les maths » reste vague. « Comprendre la méthode de résolution des équations du second degré et faire cinq exercices » donne une direction claire. Un objectif précis dit où mettre son attention, et permet de constater ses progrès.
3. Travailler par périodes adaptées
Une séance de travail peut s’organiser en périodes de concentration entrecoupées de pauses. La méthode Pomodoro, par exemple, propose traditionnellement 25 minutes de travail suivies d’une courte pause.
C’est un bon point de départ, mais pas une durée idéale pour tout le monde. Certaines tâches demandent des périodes plus longues, d’autres des pauses plus fréquentes. L’essentiel est de trouver un rythme adapté à la difficulté du travail et à sa forme du moment. Pour organiser ces séances sur la semaine, voyez comment planifier son étude.
4. Apprendre de façon active
Relire passivement un cours pendant longtemps invite à la distraction. Se poser des questions, reformuler une explication, faire des exercices ou restituer une notion de mémoire oblige au contraire à mobiliser son attention. Ces méthodes ont un autre avantage : elles aident à comprendre et à retenir. La technique Feynman et une bonne prise de notes en sont deux bons exemples.
5. Respecter les besoins de récupération
Le sommeil, la fatigue, le stress et les pauses influencent directement la capacité à rester attentif. Un étudiant qui dort trop peu aura du mal à se concentrer, même dans un environnement parfaitement calme (voir notre article sur le sommeil des adolescents).
Améliorer sa concentration, c’est donc aussi préserver les conditions physiques et mentales d’un travail efficace.
Se concentrer, cela s’apprend aussi
En primaire, en secondaire comme dans le supérieur, on demande régulièrement aux élèves et aux étudiants de se concentrer. Mais leur apprend-on comment le faire ?
Un élève peut très bien savoir qu’il doit travailler davantage, sans savoir comment organiser une séance d’étude, éviter les distractions ou réagir quand il perd le fil. Ces compétences font partie de la méthode de travail, au même titre que la planification ou la mémorisation. Pour les parents d’enfants plus jeunes, nous donnons des conseils concrets pour améliorer la concentration pendant les devoirs.
Si les difficultés d’attention sont importantes, durables et se retrouvent dans toutes les situations (en classe, à la maison, dans les loisirs), il vaut la peine d’en parler au médecin ou au centre PMS : elles peuvent relever d’un TDAH, qui demande un accompagnement spécifique.
Et si l’enjeu était de reprendre le contrôle de notre attention ?
Notre capacité de concentration diminue-t-elle vraiment ? Les connaissances actuelles invitent à la prudence : rien ne permet d’affirmer que nous serions devenus collectivement incapables de nous concentrer.
En revanche, notre environnement a profondément changé. Les occasions de se distraire sont plus nombreuses, plus accessibles, et souvent conçues pour attirer l’attention. Dans ce contexte, la concentration devient une compétence particulièrement utile à cultiver.
Cela ne veut pas dire renoncer aux écrans, travailler dans un silence absolu ou rester attentif des heures sans pause. Il s’agit plutôt d’apprendre à repérer ce qui nous distrait, à organiser notre environnement et à prendre des habitudes qui favorisent un travail de qualité.
Le défi n’est peut-être pas tant de retrouver une concentration perdue que de réapprendre à choisir consciemment ce à quoi nous consacrons notre attention.
Se faire accompagner
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