Vous avez déjà vécu cette situation : vous étudiez une leçon, vous avez l’impression de bien la connaître et, quelques jours plus tard, une grande partie des informations semble avoir disparu. Ce phénomène concerne tout le monde, de l’enfant qui apprend ses tables à l’adulte qui apprend une nouvelle langue. Bonne nouvelle : la mémoire se travaille, et certaines méthodes permettent de retenir beaucoup plus efficacement que d’autres.
Pourquoi oublions-nous ce que nous apprenons ?
Notre cerveau reçoit chaque jour une quantité considérable d’informations. Pour pouvoir les retrouver plus tard, il doit les traiter, les organiser et les consolider.
Lorsqu’on découvre une nouvelle notion, son souvenir est encore fragile. Avec le temps, certaines informations deviennent plus difficiles à retrouver, surtout lorsqu’elles ont été peu utilisées.
C’est ce que décrit la courbe de l’oubli, issue des travaux du psychologue allemand Hermann Ebbinghaus, publiés en 1885. Il a montré que notre capacité à retrouver une information diminue rapidement dans les jours qui suivent l’apprentissage, puis plus lentement, surtout en l’absence de révision.
La vitesse de cet oubli dépend toutefois de nombreux facteurs : la difficulté de la matière, les connaissances déjà acquises, l’attention portée à l’apprentissage et la manière dont on révise.
L’enjeu est donc de donner au cerveau plusieurs occasions de retrouver et de consolider les informations importantes.
Relire son cours : une méthode rassurante, aux effets limités
Lorsqu’on veut mémoriser une matière, le premier réflexe consiste souvent à la relire plusieurs fois. À chaque lecture, le contenu paraît plus familier : on reconnaît les définitions, les explications et les exemples.
Mais reconnaître une information et être capable de la retrouver de mémoire sont deux compétences différentes.
Prenons un exemple. Après avoir lu trois fois une page consacrée à la Révolution française, un élève peut avoir l’impression de maîtriser son sujet. Pourtant, s’il ferme son livre et essaie d’expliquer les causes de la Révolution, il découvre parfois qu’il lui manque plusieurs éléments.
La relecture reste utile pour découvrir une matière ou clarifier un passage difficile. Pour mémoriser durablement, elle gagne à être complétée par des méthodes qui sollicitent davantage la mémoire. C’est d’ailleurs l’une des erreurs fréquentes pendant les révisions.
Trois méthodes particulièrement efficaces pour mieux mémoriser
Le rappel actif : retrouver l’information sans regarder
Le rappel actif (active recall) consiste à faire travailler sa mémoire en essayant de retrouver une information avant de consulter la réponse. Par exemple :
- fermer son cours et expliquer une notion avec ses propres mots ;
- répondre à des questions sans regarder les solutions ;
- reconstituer un schéma de mémoire ;
- utiliser des cartes de révision, avec une question d’un côté et la réponse de l’autre.
Cette méthode oblige le cerveau à un véritable effort de récupération, et cet effort renforce l’apprentissage. Des notes bien prises s’y prêtent très bien : on cache la page, on essaie de retrouver l’essentiel, puis on vérifie.
Un conseil : après avoir essayé de répondre, vérifiez toujours la solution et corrigez vos erreurs. Ce retour fait partie intégrante de la méthode.
La répétition espacée : revoir la matière au bon moment
La répétition espacée consiste à répartir les révisions dans le temps plutôt que de concentrer tout le travail sur une seule séance.
Imaginons qu’un élève apprenne une nouvelle notion le lundi. Il pourrait la revoir brièvement le mardi, puis le vendredi, la semaine suivante et quelques semaines plus tard. Ce calendrier est indicatif : les intervalles s’adaptent à la difficulté de la matière et au niveau de maîtrise.
L’intérêt est de retrouver l’information au moment où son souvenir commence à faiblir. Cette approche convient particulièrement aux apprentissages cumulatifs : vocabulaire, formules, définitions, dates ou connaissances scientifiques. Pour l’intégrer à votre agenda, voyez comment planifier son étude.
Expliquer à quelqu’un d’autre : organiser ses connaissances
Être capable d’expliquer une notion clairement est une excellente manière de vérifier qu’on l’a comprise. Un élève peut expliquer à un parent comment résoudre une équation, un étudiant présenter un mécanisme biologique à un camarade, un adulte reformuler une notion vue en formation.
Pour rendre l’exercice encore plus efficace, expliquez la matière sans consulter vos notes, puis vérifiez ce qui a été oublié. C’est le principe de la technique Feynman. L’objectif : transformer une connaissance passive en une connaissance que l’on sait mobiliser.
Au primaire : apprendre en jouant et en répétant régulièrement
Chez les enfants du primaire, la mémorisation concerne notamment les tables de multiplication, l’orthographe, le vocabulaire, les conjugaisons ou les premières notions scientifiques. À cet âge, des activités courtes, régulières et variées sont particulièrement efficaces.
Prenons les tables de multiplication. Plutôt que de faire réciter plusieurs fois toute la table de 7, on peut organiser de petits jeux :
- poser cinq questions rapides, dans un ordre différent à chaque fois ;
- utiliser des cartes avec une multiplication au recto et le résultat au verso ;
- revenir plus souvent sur les calculs qui posent problème ;
- mélanger progressivement les différentes tables pour développer des automatismes.
Le même principe s’applique à l’orthographe : observer un mot, le cacher, essayer de l’écrire, puis vérifier.
L’accompagnement d’un adulte joue aussi un rôle important. En posant des questions et en encourageant l’enfant à expliquer ses réponses, le parent l’aide à prendre de bonnes habitudes, sans faire le travail à sa place. Au primaire, l’objectif est de construire des automatismes tout en préservant le plaisir d’apprendre. Si les devoirs deviennent une source de tension à la maison, une aide aux devoirs peut prendre le relais.
Au secondaire : mémoriser des matières de plus en plus complexes
Au secondaire, la quantité de matière augmente et les connaissances deviennent plus abstraites. Les élèves doivent retenir des définitions, des formules, des dates et du vocabulaire, mais aussi comprendre des mécanismes et établir des liens entre les notions.
Une méthode particulièrement intéressante consiste à combiner compréhension, rappel actif et exercices d’application. Prenons un chapitre de physique consacré à l’électricité :
- l’élève commence par comprendre les notions de tension, d’intensité et de résistance ;
- il essaie ensuite de les définir de mémoire, de retrouver les formules et de résoudre quelques exercices sans ses notes ;
- quelques jours plus tard, il revient sur ces notions en mélangeant les exercices avec ceux d’autres chapitres.
Cette dernière étape est importante : elle l’entraîne à identifier lui-même la méthode à utiliser, comme il devra le faire lors d’une interro ou d’un examen.
Pour les matières plus théoriques, comme l’histoire ou la géographie, il est utile de transformer les titres du cours en questions. Plutôt que de relire « Les causes de la Première Guerre mondiale », l’élève essaie de répondre à : « Quelles sont les principales causes de la Première Guerre mondiale, et comment sont-elles liées ? » Cette approche développe à la fois la mémorisation et la compréhension. Nous détaillons cette démarche dans notre article sur comment étudier l’histoire.
Dans l’enseignement supérieur : mémoriser de grandes quantités d’informations
À l’université et en haute école, le défi change d’échelle. Les étudiants doivent souvent assimiler plusieurs centaines de pages de matière, parfois en peu de temps. L’organisation des révisions devient alors essentielle.
Une stratégie efficace consiste à tester sa mémoire dès les premières semaines du quadrimestre. Après chaque cours, l’étudiant identifie les notions principales, formule quelques questions et essaie d’y répondre de mémoire. Il les revoit ensuite à intervalles réguliers, ce qui allège d’autant le blocus.
Les cartes de révision, notamment numériques, sont utiles pour les matières riches en connaissances factuelles : anatomie, vocabulaire médical, droit, langues ou pharmacologie. Pour les matières qui demandent des raisonnements complexes, elles doivent être complétées par des exercices, des études de cas ou des questions de synthèse.
Un étudiant en médecine, par exemple, doit retrouver des informations précises, mais aussi comprendre les mécanismes physiologiques et relier les différents systèmes entre eux. L’idéal est donc de varier les exercices : questions courtes, explications orales, schémas à compléter, problèmes et examens des années précédentes.
La qualité des révisions dépend autant de la manière dont on mobilise ses connaissances que du temps consacré à l’étude.
Et à l’âge adulte ? Peut-on encore améliorer sa mémoire ?
La mémorisation reste une capacité essentielle bien après les études : apprendre une langue étrangère, suivre une formation professionnelle, acquérir de nouvelles compétences numériques ou retenir les procédures d’un nouveau poste.
Les adultes ont souvent un avantage : ils peuvent relier les nouvelles informations à une expérience personnelle ou professionnelle déjà riche. Une personne qui apprend le néerlandais retiendra plus facilement certains mots en les utilisant dans des conversations liées à son travail ou à son quotidien. Un professionnel en formation consolidera ses connaissances en les appliquant rapidement à des situations concrètes.
Les principes restent les mêmes que dans l’enseignement :
- répartir les apprentissages sur plusieurs séances ;
- essayer de retrouver les informations sans consulter ses notes ;
- relier les nouvelles connaissances à des situations familières ;
- mettre rapidement en pratique ce qui vient d’être appris.
Pour aller plus loin sur ce sujet, voyez nos 7 conseils pour apprendre une langue.
Le sommeil et les pauses : deux alliés de la mémoire
La manière dont on étudie joue un rôle majeur, mais ce qui se passe entre les séances compte également.
Le sommeil participe à la consolidation de la mémoire : pendant la nuit, le cerveau poursuit le traitement de certaines informations acquises dans la journée. Un sommeil suffisant et régulier favorise donc les apprentissages, à tout âge, et plus encore à l’adolescence (lire le sommeil, clé de la réussite scolaire des adolescents).
Les pauses aident à maintenir l’attention et à limiter la fatigue mentale. Une séance efficace alterne des périodes de concentration et de courtes pauses ; leur durée idéale dépend de l’âge, de la difficulté de la tâche et de chacun. Varier les matières et les types d’exercices aide aussi à rester actif. Pour les plus jeunes, voyez nos conseils pour améliorer la concentration pendant les devoirs.
Comment mettre ces conseils en pratique dès aujourd’hui ?
Pour mieux mémoriser, il suffit parfois de modifier quelques habitudes. Voici une méthode simple à essayer lors de votre prochaine séance d’étude :
- Comprendre : lisez attentivement la matière et assurez-vous de comprendre les notions essentielles.
- Retrouver : fermez votre cours et reformulez les informations importantes, à l’oral ou par écrit.
- Vérifier : comparez vos réponses au cours et repérez ce qui est à retravailler.
- Recommencer plus tard : revenez sur la matière le lendemain, puis quelques jours plus tard.
- Appliquer : utilisez vos connaissances dans des exercices, des questions ou des situations nouvelles.
Cette méthode s’adapte à une leçon de vocabulaire en primaire, un chapitre de chimie au secondaire, un cours universitaire ou une formation professionnelle.
Mieux mémoriser, c’est surtout apprendre autrement
La mémorisation se construit dans la durée. Comprendre une information, essayer de la retrouver, la réutiliser et y revenir régulièrement sont autant de façons de renforcer son apprentissage. Les recherches en psychologie cognitive mettent particulièrement en évidence l’intérêt du rappel actif et de la répétition espacée.
Quel que soit l’âge ou le niveau d’études, ces méthodes s’acquièrent, s’entraînent et s’améliorent progressivement. Pour des listes ou des dates à retenir, le palais de mémoire est un bon complément.
Se faire accompagner
Chez My Sherpa, un conseiller pédagogique choisit pour chaque élève un coach qui l’aide à construire une méthode de travail adaptée à ses besoins : organisation, mémorisation, révisions, pour gagner progressivement en autonomie. Les cours ont lieu à domicile partout en Belgique ou en ligne.