La pédagogie différenciée

Différencier l’apprentissage pour guider vers la réussite

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Repenser la pédagogie

Notre système scolaire semble gravé dans le marbre depuis de nombreuses années. Pourtant, des alternatives existent. La pédagogie différenciée est l’une des options pour que chaque élève réussisse.

 

Vous êtes-vous déjà dit que votre enfant a un potentiel qu’il n’exploite pas à l’école ? Que cette dernière ne peut pas l’aider à développer cette force ? Que l’évaluation scolaire est systématiquement la même et qu’elle ne prouve pas les réelles compétences d’un jeune ? Que l’école ne tient pas assez compte des différences de chacun et qu’elle tend vers une homogénéité qui n’a pas d’intérêt réel ?

 

Les écoles à pédagogie « traditionnelle » et celles à pédagogie active (Montessori, Freinet, Decroly, etc.) tentent d’aider l’élève au mieux pour atteindre son objectif. Elles ont pourtant parfois peu l’opportunité de s’attarder sur le profil de chaque élève. Saviez-vous toutefois que la différenciation pédagogique fait partie du décret « missions » de l’enseignement ? Chaque école doit en effet « permettre à chaque élève de progresser à son rythme en pratiquant l’évaluation formative et la pédagogie différenciée ». Cependant, il est parfois très compliqué pour les professeurs de la mettre en application. Manque de temps, problème d’espace, insuffisance de matériel divers et varié, etc. : les barrières sont nombreuses.

Différence et éducabilité

Différencier permet à chaque élève d’apprendre à son propre rythme. Chaque compétence est intégrée par tous les élèves via différents processus, que chacun peut s’approprier.

 

La pédagogie différenciée part de deux postulats :

 

  1. Nous sommes tous différents. Nous n’apprenons pas de la même façon, nous n’avons pas le même parcours, nous ne sommes pas issus de la même culture, etc. Tout cela influe notre apprentissage. Même si deux élèves sont dans la même classe, leurs difficultés peuvent être très différentes. Dès lors, la mise en place d’outils et de situations variés est nécessaire. En proposant aux élèves des procédés divers et adaptés, ils acquerront plus facilement la compétence visée.

 

  1. Nous sommes tous capables d’apprendre. Philippe Meirieu, chercheur français, spécialiste des sciences de l’éducation et de la pédagogie, nomme ce concept « l’éducabilité». Sachant cela, l’enseignant doit tout mettre en œuvre pour que son élève réussisse. Cela passe aussi par les échecs mais le professeur doit les accepter. Il doit toujours demander le meilleur à son élève.

 

« Il n’y a pas deux apprenants qui progressent à la même vitesse.
Il n’y a pas deux apprenants qui soient prêts à apprendre en même temps.
Il n’y a pas deux apprenants qui utilisent les mêmes techniques d’étude.
Il n’y a pas deux apprenants qui résolvent les problèmes exactement de la même manière.
Il n’y a pas deux apprenants qui possèdent le même profil d’intérêts.
Il n’y a pas deux apprenants qui soient motivés pour atteindre les mêmes buts. »

Burns

 

Différenciation lors de la remédiation

Étant donné que le système scolaire actuel laisse peu l’opportunité d’appliquer la pédagogie différenciée, cette dernière se met très souvent en place lors de la remédiation.

 

En effet, c’est au moment de la remédiation scolaire que le prof et l’élève revoient la matière de façon différente, en s’attardant sur le profil de l’étudiant. Car c’est lors du soutien scolaire que l’on tient compte de l’élève – il est en effet difficile pour l’enseignant de le faire en classe face à 25 élèves (parfois plus !). La différenciation se fait naturellement en cours particuliers car elle découle d’une nécessité.

 

Lors de cette différenciation, le professeur particulier :

  • répète ou récapitule les notions non-acquises ;
  • propose des exercices complémentaires ;
  • reprend les notions antérieures ;
  • modifie les représentations ;
  • change de stratégie d’appropriation de la notion, d’outils, de supports, de contenus ;
  • travaille sur des aspects méthodologiques utiles à l’acquisition de la notion.

 

Au lieu de se faire en classe lors du début de l’apprentissage, elle arrive à la fin, pour combler des lacunes. C’est cela qu’il faudrait changer. La différenciation ne doit pas découler d’une difficulté ou d’un échec rencontré par l’élève. Si la pédagogie différenciée intervenait dès le début, peut-être que moins d’élèves auraient besoin d’une remédiation scolaire.

Intérêts de cette pédagogie

La pédagogie différenciée permet de faciliter le développement cognitif de chaque élève au lieu de se focaliser sur la tâche à proprement parler ou sur le vécu affectif du groupe.

 

Le but de la pédagogie différenciée n’est pas que chaque élève apprenne uniquement les compétences qui lui sont plus accessibles. L’idée est de diversifier les procédés pour que chaque élève de la classe atteigne l’objectif commun. Les élèves ne doivent pas non plus progresser trop rapidement. Il est important de fixer des compétences que chaque élève doit atteindre. Pour cela, le mieux est de procéder étape par étape et ne surtout pas creuser l’écart.

 

C’est un outil très intéressant pour développer l’autonomie tout en gardant un cadre de travail avec des consignes claires. Cette pédagogie ne doit en effet pas se libérer de règles précises. Qui dit pédagogie différenciée dit encadrement de la part du professeur, pour que chaque élève puisse réussir la tâche. Mais la diversité des procédés permet à l’élève de « choisir » comment atteindre l’objectif.

 

La pédagogie différenciée a pour but principal de favoriser la réussite de tous les élèves. Elle permet à chaque élève d’apprendre et de se développer selon son propre rythme. Elle réduit l’écart entre tous les élèves et favorise l’hétérogénéité dans la classe.

Vers la réussite !

Pour réussir, un élève doit notamment développer la confiance en lui (voir article sur la ténacité), maîtriser les apprentissages et trouver sa place. Pour cela, l’école a son rôle à jouer. Et la pédagogie différenciée est un outil très intéressant pour y parvenir au mieux.

 

En effet, cette pédagogie permet à l’élève de mieux se connaître (forces, faiblesses, etc.). Il peut ainsi apprendre différemment, en tenant compte de ses erreurs et en perfectionnant ses réussites.

 

Les divers procédés utilisés sont tout autant d’outils mis à sa disposition pour réussir. Ces situations de différentiation amènent une maîtrise des compétences pour tous les élèves, en tenant compte de chacun.

 

De plus, l’élève n’apprend pas tout seul, il apprend avec les autres. Avec la pédagogie différenciée, il comprend que l’autre n’est pas un concurrent mais un allié potentiel. Il peut combiner ses compétences avec autrui, pour réussir ensemble. Il se découvre lui-même mais aussi les autres.

Outil pour les élèves « dys »

Enfin, la pédagogie différenciée est l’opportunité pour les élèves avec des troubles d’apprentissage (dyslexie, dysorthographie, dyspraxie, dyscalculie, etc.) de se révéler.

 

Pour appliquer cette pédagogie, il est possible de varier énormément de paramètres comme :

  • les contenus: ce que l’élève apprend ;
  • les productions: comment l’élève montre ce qu’il a appris ;
  • les structures: le cadre dans lequel se font les apprentissages et l’évaluation ;
  • les processus: comment se font les apprentissages et l’évaluation.

 

La variation de ces paramètres peut s’appliquer concrètement en adaptant les consignes pour un travail, en proposant différents moyens d’apprentissage ou modes de compréhension, en précisant des compétences ciblées, en changeant les axes ou le temps d’apprentissage, en offrant divers outils ou encore en adaptant l’évaluation.

 

Autant de pistes pour faciliter l’apprentissage des élèves présentant des troubles d’apprentissage. En différenciant, l’enseignant laisse également plus de temps à chaque élève pour effectuer une tâche. Ce temps est précieux pour les élèves ayant des troubles d’apprentissage.

 

La pédagogie différenciée n’est pas une nouvelle manière d’apprendre. Elle tient compte des particularités de chacun des apprenants et adapte les processus d’apprentissage pour favoriser la réussite de tous les élèves. Au lieu de l’appliquer dans un deuxième temps lors de la remédiation scolaire, il serait plus efficient de l’utiliser dès le début, en classe. Pour cela, il faudrait commencer par abattre les barrières techniques et mentales du système scolaire actuel. Un combat long mais nécessaire, qui peut apporter énormément de positif pour tout un chacun.

Conseil pour les parents

En tant que parent, il est parfois difficile de savoir comment aider son enfant au mieux. La différenciation s’effectuant en classe ou lors de remédiations, quelle place définir pour le parent ? Un conseil est de veiller à ne pas « trop » différencier. L’élève suit déjà une certaine méthode en classe avec son enseignant. S’il a un professeur particulier, ce dernier réexplique la matière avec une approche différenciée. Mieux vaut donc que le parent ne tente pas d’intervenir avec des procédés différents. Cela risquerait d’embrouiller l’élève plus que cela ne l’aiderait réellement. S’adapter à la ligne de conduite fixée par l’enseignant ou le professeur particulier semble être la meilleure façon d’aider son enfant.